HORS DES STANDARDS

La semaine dernière, nous avons vibré au rythme du design et de la décoration avec la nouvelle édition de MAISON & OBJET, placée sous le thème Past Reveals Future. Dans les cinq halls du Parc des Expositions, près de 2 300 marques étaient présentées, ainsi que le designer de l’année Harry Nuriev, et les décryptages de tendances proposés par Élisabeth Leriche. Mais c’est l’espace What’s New? In Hospitality, offrant un nouveau regard sur l’hospitalité, qui nous a véritablement transporté. L’architecte d’intérieur et designer Rudy Guénaire y présentait sa vision de l’hôtellerie de demain à travers une exposition immersive intitulée Suite 2046, inspiré du film In the Mood for Love de Wong Kar-wai. À partir d’un mini-manifeste drôle et subversif, il rejette la standardisation hôtelière et le confort absolu qui anesthésie l’expérience. Il imagine des hôtels des Maldives sans piscine, des guesthouses grecques sans chauffe-eau, des desert lodges sans électricité, des riads marocains où le wifi ne fonctionnerait jamais, des lodges d’Alaska où, parfois, les clients seraient dévorés par des grizzlis, ou encore des chalets de montagne aux chauffages capricieux. Nous avons rit ! L’exposition invitait à traverser un labyrinthe de rideaux en velours bleu nuit, puis à s’arrêter devant une série de stèles présentant des objets uniques, accompagnés de textes volontairement provocateurs, adressés aux « chers hôteliers ». Parmi les détails qui nous ont particulièrement fait sourire, l’incontournable verre à dents sous sa capote plastique, la bouteille d’eau individuelle omniprésente plutôt que la carafe, le retour au porte-clé et à son gland au lieu de la carte RFDI qui reste dans nos sacs, le coffre-fort remplacé par un bouquet de fleurs, ou encore la fin du chausson d’hôtel en éponge cheap extra-plat sous sachet... Le parcours s’achevait dans une grande salle noire, éclairée par des hublots semblables à ceux des avions, pour un décollage immédiat vers la Suite 2046. Sur les écrans défilaient nuages, forêts et paysages cosmiques, portés par la bande-son du film de Wong Kar-wai. La chambre semblait suspendue entre départ et souvenir, chaque objet gardant l’empreinte d’un moment à peine écoulé. Avec cette installation, Rudy Guénaire interroge le bon sens perdu du passé et défend un retour à l’expérience sensible, à l’émotion, à la mémoire, à la perturbation des sens, à l’imperfection et même à l’inconfort comme moteurs du souvenir et du véritable voyage. Chaque objet devient un récit, le design n’est plus décoratif mais narratif, mêle les époques, refuse l’effet de mode et recherche une forme d’intemporalité. En tant que voyageurs slow et engagés, ce manifeste a fait écho à notre quête de singularité et à notre préférence pour des lieux incarnés, où l’on peut laisser l’esprit vagabonder et se sentir véritablement ailleurs.

Nous vous invitons à choisir des hôtels imparfaits, à renoncer au confort extrême, et à continuer de SCANNER – VOYAGER – PARTAGER.

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