ENNEIGÉ

La semaine dernière, le temps s’est comme suspendu avec l’arrivée de la neige, réveillant en nous une joie immense et presque enfantine. Notre premier réflexe a été d’enfiler doudoune et grosses chaussures pour rejoindre le parc des Buttes-Chaumont. Nous avons glissé sur des cartons et des sacs-poubelle, beaucoup ri, vu des skieurs et snowboarders improviser des descentes, et un patineur évoluer sur le lac gelé. Nous avons vécu un moment d’euphorie, unis par une énergie collective, car nous n’étions vraiment pas seuls. Et pour mettre cet épisode neigeux en perspective, nous sommes allés découvrir l’exposition du Petit Palais consacrée au peintre finlandais Pekka Halonen (1865–1933), surnommé « le peintre de la neige ». Formé à Paris à la fin du XIXᵉ siècle, cet élève de Gauguin a été influencé par plusieurs courants artistiques, le japonisme, le pleinairisme - peindre en plein air pour saisir les scènes d’extérieur et la lumière naturelle - et le synthétisme, caractérisé par des formes simplifiées et des couleurs en aplats cernées de noir. Au-delà du style, Pekka Halonen nous donne à voir, les modes de vie des finlandais à une époque où il fallait s’engager politiquement en faveur de l’indépendance du pays. Mais ce qui nous a le plus marqués, ce sont ses séries enneigées des longs hivers nordiques et la poésie qui s’en dégage. Pour peindre la nature, Pekka a choisi de s’installer au bord du lac de Tuusula, au sud du pays, avec toute sa famille. Il y a construit de ses propres mains son chalet, qu’il a baptisé Halosenniemi. L’une des salles de l’exposition restitue son atelier avec la grande baie vitrée donnant sur le lac. Dans ce havre de paix, il cultive un art de vivre simple, en harmonie avec son environnement, et y peint des scènes domestiques, son jardin et ses enfants. Dans la dernière salle, intitulée Symphonie en blanc majeur, Pekka peint la neige dans ses multiples états, déclinant le blanc en une infinité de nuances colorées, avec une précision presque obsessionnelle dans le rendu des textures. D’ailleurs, en finnois, la langue propose pas moins d’une cinquantaine de termes pour décrire les différents états de la neige, extraordinaire, non ? En voici quelques exemples : ajolumi pour la neige soufflée, pälvi pour une portion de sol où la neige a fondu au printemps, railo pour une veine d’eau libre dans la glace, et tykkylumi, qui décrit l’apparence des arbres lorsqu’ils sont si enrobés de neige et ressemblent à d’immenses choux-fleurs. Cette merveilleuse exposition nous invite, au fil des paysages et des saisons, au cœur d’une Finlande sauvage. Il ne nous en faudra pas plus pour nous donner une furieuse envie de découvrir ce pays.

En attendant, courez-y, l’exposition se termine le 22 février 2026. Et continuez à SCANNER – VOYAGER – PARTAGER pour découvrir le monde même au bout de la rue…

Pekka Halonen, un hymne à la Finlande

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